Le doc' d'archives
Retrouvez sur cette page les billets présentant une sélection de documents d'archives relatifs au Pays d'Auray.
Les forêts de Camors et de Floranges
Bien que peu forestier à l'échelle de la France, le Morbihan compte cependant quelques forêts remarquables dont un ensemble particulier constitué des massifs de Camors, de Floranges et de Lanvaux situés notamment sur les communes de Camors, Pluvigner, Baud, La Chapelle-Neuve.
Les forêts de Camors et de Floranges font, dès l'époque médiévale, partie de l'importante seigneurie de Camors, berceau de la famille du même nom. Cette terre passe entre les mains de différentes familles au fil du temps, aux d'Aradon au milieu du 16e siècle, puis aux Lannion par alliance, et enfin par le même biais aux ducs de La Rochefoucauld-Liancourt jusqu'à la Révolution de 1789. Ils sont par ailleurs propriétaires de la seigneurie de Quinipily à Baud.
Ces forêts sont donc à cette époque seigneuriales et relèvent pour partie de la mouvance de la vicomté puis du duché de Rohan. En 1785, le baron de Camors vend ses forêts de Camors et de Floranges au roi Louis XVI qui les destine à fournir les arsenaux de Lorient en bois. Le duc de Rohan s'en émeut et émet une requête afin d'obtenir une indemnité visant à compenser le préjudice subi sur son fief. Il obtient ainsi une rente de 3 000 livres par an.
En cette fin du 18e siècle, Camors et Floranges entrent ainsi dans le domaine de la Couronne et demeurent dans la propriété publique après la Révolution, statut qu'elles détiennent toujours aujourd'hui en tant que forêts domaniales gérées par l'État.
C'est à cette période que le roi demande l'établissement de plans figurant les différentes coupes de ces massifs et dont des exemplaires sont conservés aux Archives départementales du Morbihan sous la cote 1 Fi 121.
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Zoom sur... le colombier seigneurial
Bien qu’il ne soit plus guère apprécié aujourd’hui, le pigeon a été au Moyen Âge et à l’époque moderne au centre de toutes les attentions ! Et pour cause, ce gracieux volatile réputé pour sa chair tendre et gouteuse est alors un mets de choix pour les tables royales et seigneuriales.
L’élevage des pigeons est au cœur des préoccupations des particuliers car, à l’âge où la conservation des aliments pose un certain nombre de défis, il constitue une source de nourriture fraîche très importante, l’oiseau étant particulièrement fécond. Par ailleurs, la fiente de ces oiseaux appelée colombine est également très recherchée et utilisée comme engrais. Louis Liger dans son ouvrage à succès, La nouvelle maison rustique, consacre d’ailleurs un chapitre entier à ce volatile (édition 1721, tome I, première partie, livre II, chapitre VI : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65025883/f154.item).
À l’époque médiévale, la possibilité d’élever des pigeons ne semble pas être réservée à la noblesse. La Très Ancienne coutume de Bretagne émet cependant quelques conditions pour pouvoir revendiquer ce droit dans son article 290 : avoir déjà anciennement un colombier et être « grand maistre du pays » que l’on peut comprendre comme ayant une terre suffisamment grande. L’Ancienne coutume de 1539 ne s’avère pas beaucoup plus bavarde sur la question et tout cela peut laisser penser que la possibilité de pouvoir faire édifier un colombier est relativement libre. En revanche la Nouvelle coutume de 1580 donne davantage d’éléments et penche clairement vers un système plus strict : en plus d’avoir déjà anciennement une fuye, il est désormais nécessaire d’avoir au moins 300 journaux de terres en fief noble. De même, le pétitionnaire ne pourra faire bâtir un colombier que s’il est noble. Toute personne contrevenant à ces règles verra son édifice démoli !
Le pigeonnier devient un symbole important de la noblesse qui fait valoir jalousement ce droit dans jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. Ses membres n’hésitent d’ailleurs pas à solliciter des autorisations royales afin d’établir un colombier à l’instar du seigneur du Moustoir à Crac’h, Maurice de Couriault, en 1559.
On comprend aisément que, bien que source de nourriture très importante comme on l’a mentionné plus haut, les pigeons, lorsqu’ils sont en nombre, font des ravages dans les cultures alentours car ils se nourrissent de grains et peuvent ruiner les semailles fraîches. C’est d’ailleurs l’un des motifs qui explique l’apparition dans les cahiers de doléances de 1789 du souhait de faire détruire les colombiers et le droit de pouvoir chasser ces volatiles (il était en effet interdit de chasser les pigeons avant la Révolution).
Il existe plusieurs types d’édifice dédiés à recevoir des pigeons, aussi divers que les noms qu’on leur donne : colombier, fuye, trape, trie, refuge. Certains sont érigés sur les façades des maisons dans lesquelles sont creusés des nids appelés boulins pour accueillir les oiseaux, d’autres au-dessus des porches. Mais on connaît davantage les colombiers à pied qui comportent des boulins depuis la base de l’édifice jusqu’au sommet tels ceux des châteaux de Keravéon à Erdeven et de Lemay à Guéhenno (voir photographies). Ceux-ci sont souvent de forme circulaire. Il existe enfin des fuyes à pied que l’on trouve généralement en haut d’une tour.
Sources : Henry (Yves), « Le colombier, un signe extérieur de noblesse. Essai sur les colombiers en Bretagne » dans Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, Tome 88, numéro 1, 1981. pp. 67-86. / Du Halgouët (Hervé), « Du droit de colombier et de garenne », dans Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, Tome VI, 1925 / Pocquet de Livonnière (Claude), Traité des fiefs, chez P.G. Le Mercier et Boudet, 3e édition, Paris, 1741 / Ferrière (Claude-Joseph de), Dictionnaire de droit et de pratique […], chez J. Dupleix, Toulouse, 1779.
L'hôtel de ville d'Auray
Archives départementales du Morbihan, fonds Decker, 14 Fi 7/1 [image en arrière plan].
L'hôtel de ville est un bâtiment emblématique de la ville d'Auray. L'édifice est construit en pierre calcaire très lumineuse et surmonté d'un beffroi.
L'auteur des plans originels reste incertain mais nous savons en revanche que l'ingénieur Jean Detaille de Kerroyant reprend le travail et propose un plan en 1775, document conservé aujourd'hui aux Archives départementales du Morbihan.
Les travaux, qui s'échelonnent des années 1776 à 1782, sont d'abord confiés à l'entrepreneur Julien Lorho, mais ce dernier subroge dès 1777 le sieur Magouero, marchand, en ses lieu et place, afin de poursuivre les opérations. Cet acte conservé au sein du fonds de l'intendance donne par ailleurs les différentes clauses du contrat passé avec la communauté de ville, notamment l'obligation de faire venir des pierres de Taillebourg et l'interdiction d'utiliser les pierres de Saint-Savignan (sans doute Saint-Savinien) déjà présentes sur les quais du port.
Vue de l'hôtel de ville d'Auray, déb. 20e s.
(Arch. du Morb., 14 Fi 7/1).
Plan dressé par l'ingenieur Jean Detaille de Kerroyant pour édifier un hôtel de ville à Auray, 1775 (Arch. du Morb., 1 Fi 42).
Sainte Anne et Yvon Nicolazic
Archives départementales du Morbihan, fonds David, 20 Fi 263.
Pour accéder aux vues originales suivez ce lien.
La date du 7 mars 2025 signe le 400e anniversaire de la découverte de la statue de sainte Anne par Yvon Nicolazic en 1625. De nombreuses manifestations sont prévues pour l'occasion dont la troménie de sainte Anne qui fera étape dans de nombreuses paroisses jusqu'à l'été prochain.
Événement extrêmement populaire et qui dépasse largement le cadre morbihannais, le récit de l'histoire de Nicolazic et de ses amis et de leur extraordinaire découverte est connu et raconté depuis quatre siècles.
Les Archives départementales du Morbihan conservent d'ailleurs une très belle série de photographies issue de la collection David, éditeur à Vannes, et qui permettent de vivre quelques scènes de théâtre populaire dédiées à cette histoire, entre les apparitions de sainte Anne, le refus de croire en ces apparitions du recteur de Pluneret et la découverte de cette fameuse statue !
Un alguier remarquable
Archives départementales du Morbihan : 1 J 872.
Pour accéder à l'ensemble de l'ouvrage suivez ce lien.
Dans un grand département littoral comme celui du Morbihan, qui n'a jamais ressenti, lors d'une flânerie sur la côte, une certaine curiosité devant la grande diversité des algues qui peuplent ce territoire si particulier. Si certains se consacrent à la confection d'herbiers, d'autres ont l'idée, parfois avec talent, d'en faire de même avec ces plantes aquatiques qui constituent par ailleurs un réel objet patrimonial !
Les Archives départementales du Morbihan détiennent ainsi une véritable pépite en la matière : un très bel alguier rassemblant plusieurs dizaines d'espèces d'algues collectées à Belle-Île en 1899. On vous laisse admirer certaines d'entre elles qui parfois ressemblent à s'y méprendre à des aquarelles !
Sainte-Anne-d'Auray vue du ciel
Le sanctuaire de Sainte-Anne d'Auray est un lieu de pèlerinage incontournable dans le Morbihan trouvant sa origine dans les apparitions de la mère de Marie au paysan Yves Nicolazic dans les années 1623-1625. Aujourd'hui, le site accueille chaque année plus de 800 000 visiteurs.
Son église néogothique trône fièrement sur ce site patrimonial majeur depuis 1872, date de la fin des travaux entamés en 1866 pour remplacer une chapelle du 17e siècle devenue trop exiguë pour les fidèles. L'édifice devient par ailleurs basilique mineure en 1874.
Ces remarquables vues aériennes obliques sont le fruit d'une campagne de l'IGN (Institut national de l'information géographique et forestière) effectuée en janvier 1956.
Site de l'IGN "Remonter le temps"
Un procès illustré
Mémoire en défense fourni par Christophe-Paul de Robien (XVIIIe siècle)
Archives départementales du Morbihan, fonds du château de Kerantré à Crac'h, 106 J 231.
Les procès sous l'Ancien Régime sont parfois l'occasion de retrouver de véritables pépites au sein des dossiers de procédure. C'est le cas d'un litige qui a opposé au cours du 18e siècle Christophe-Paul de Robien, président à mortier au parlement de Bretagne, et les chartreux de Saint-Michel du Champ à Auray, au sujet d'affaires de fiefs et notamment ceux mouvant des seigneuries de La Forêt, Lanvaux, Pluvigner, Kerambourg et du Plessis-Kaer.
Pour sa défense, le président de Robien fait établir un mémoire qui se veut notamment prouver ses droits honorifiques et prééminences dans les églises et chapelles des paroisses d'Auray, Pluvigner, Landaul et Crac'h. En plus d'extraits de titres fournis pour preuve, on y retrouve de magnifiques dessins aquarellés représentant les vitraux de ces édifices religieux accompagnés des armoiries qui y étaient apposées. On vous laisse apprécier le talent du dessinateur !
« Bonbardement de Belle Ille »
Vue d'optique (Estampe) n. et b. réhaussée à la gouache et à l'aquarelle, [ap. 1761]
Archives départementales du Morbihan, fonds Jean-Louis Debauve, 72 J 166.
Alors que la guerre de Sept Ans, conflit majeur du 18e siècle en Europe, fait rage et que la France fait face à une situation extrêmement difficile, Belle-Île devient l'objet de la convoitise des Anglais qui y voient l'occasion de forcer la main aux français pour mettre fin à la guerre. L'invasion est décidée en 1761 par le roi Georges III. Le général Hodgson, à la tête de pas moins de 126 navires de guerre et de transports de troupes, paraît en vue des côtes le 6 avril. Malgré une défense plus qu'honorable de la part des Français, l'île capitule le 8 juin 1761. Commence alors une longue période d'occupation qui dure jusqu'en 1763 et le traité de Paris qui consacre l'hégémonie de la Grande-Bretagne et la lourde défaite de la France. Belle-Île est rendue aux Français et placée sous la commandement du baron de Warren.
« Journal de mes voyages, 1776 » : récit d’une Nantaise dans le pays d’Auray
Archives départementales du Morbihan, 1 J 1100.
Pour accéder à la version numérique du carnet suivez ce lien.
Lors d’une vente aux enchères en 2020, les Archives départementales du Morbihan ont fait l’acquisition d’un curieux carnet de voyage manuscrit datant de 1776. Ce document est écrit de la main d’une certaine Madame Lory, issue d’une famille de négociant bien connue de Nantes. On y apprend également que la supérieure du couvent des Ursulines de Muzillac n’est autre que sa tante paternelle, Claude Lory. Épouse d’un négociant nantais et à sa demande, elle accepte de l’accompagner à Lorient pour assister aux ventes de la Compagnie des Indes qui sont fixées à partir du 9 septembre 1776. C’est donc une précieuse relation de ce voyage de Nantes à Lorient, et retour, dont nous disposons désormais sous la cote 1 J 1100. Madame Lory y décrit de manière très précise l'itinéraire emprunté, l'état des routes, les relais de postes, les auberges, la vie sociale, économique et culturelle des lieux traversés. Naturellement le couple passe par quelques localités du pays d’Auray et il s’avère très intéressant de découvrir, par ces mots, la vie locale et la vision que pouvaient en avoir des membres de la bourgeoisie commerçante à la fin du XVIIIe siècle.